Histoire de Paul Watson Sea Shepherd

QUI EST PAUL WATSON, LE FONDATEUR DE SEA SHEPHERD

Quand les mots ne suffisent plus… Véritable légende vivante pour les défenseurs de la nature, vraie teigne pour les baleiniers, Paul Watson ne recule devant rien devant le massacre de la faune marine.

De l’Antarctique à l’Océan Austral en passant par le Pacifique, cet écologiste fait parler de lui auprès des navires baleiniers et des équipages des flottes qui chassent illégalement ces mammifères marins. Focus sur ce personnage haut en couleur, mais aussi sur la genèse de sa fondation le Sea Sheperd.

De Sierra Club à Greenpeace

Paul Waston est né le 2 décembre 1950 à Toronto dans l’Ontario, au Canada. Son amour pour la nature remonte à son jeune âge. La légende veut qu’enfant, il aurait détruit les pièges posés par les trappeurs. C’était du côté de St. Andrews-by-the-Sea dans le Nouveau-Brunswick où il a grandi.

À 18 ans, il s’engage avec les garde-côtes canadiens avant de s’enrôler dans la marine marchande à bord d’un vraquier norvégien comme matelot de pont en 1969.

Il a cultivé son côté militant écologiste au sein de Sierra Club qui est en passant l’une des plus anciennes ONG à vocation environnementales. L’ONG se concentre essentiellement sur les conséquences du nucléaire sur l’environnement. C’est dans ce sens qu’il a participé à une manifestation avec les activistes membres de l’organisation Quaker Peace and Social Witness, les Quakers, contre les essais d’armes nucléaires américains sur l’île Amchitka, dans les Aléoutiennes en Alaska.

Qui est Paul Watson ?

Cette organisation était plus dans la lutte pour la paix. Des réunions hebdomadaires ont alors été organisées. C’est là qu’est né le comité Don’t Make a Wave, littéralement « ne faites pas de vague ». La première décision du comité a été d’envoyer un bateau sur le site des essais nucléaires pour empêcher l’explosion d’une bombe en octobre 1971. Opération réussie, car les essais ont été retardés.

Paul Waston raconte dans une interview que lors de la réunion quelqu’un a fait le signe de la paix qui a donné le nom du navire, Greenpeace, le vieux chalutier Phyllis Cormack. Le mot Greenpeace a été inscrit sur la voile. En novembre de la même année, le comité a rebaptisé le vieux démineur canadien, Edgewater Fortune toujours à cet effet.

Greenpeace sera finalement le nom de la fondation que le comité Don’t Make a Wave a lancé officiellement le 4 mai 1972. Paul Waston fait partie des fondateurs de la fondation avec entre autres David McTaggart, Jim Bohlen, Patrick Moore, Ben Metcalfe ou encore Robert Hunter. Première victoire, les États-Unis mettent terme à leurs essais nucléaires atmosphériques en 1972.

Le jour à sa vie a basculé…

Paul Watson Greenpeace

Outre la lutte contre le nucléaire, les actions de l’organisation écologiste qu’est Greenpeace s’étendent à la protection des océans et pas que des espèces menacées, notamment des causes qui tiennent à coeur à Paul Watson.

Étant un homme d’action, il ne craint pas le fait d’être en première ligne. C’est dans ce sens qu’il s’est retrouvé en juin 1975 dans un petit gonflable, déterminé à arrêter des baleinières au large des côtes de la Californie du Nord avec ses petits camarades de Greenpeace.

Chasse à la baleine Japon Paul Watson

Les navires étaient sur la piste d’une troupe de cachalots. Leur plan était d’intercepter les baleinières et de se mettre entre elles et les cétacés. Seulement, tout ne s’est pas passé comme prévu, car malgré la présence des militants, les baleiniers ont décoché leurs harpons sur les cachalots. Il a ainsi assisté à un massacre, mais surtout à l’agonie d’un cachalot à quelques mètres de l’animal.

« C’est là, en un instant, que toute ma vie a basculé » souligne Paul Watson

Le jeune homme s’est rendu compte de l’absurdité du raisonnement humain dans la mesure où les cachalots étaient tués non pas pour être mangé, mais pour l’industrie de l’armement, la graisse étant recueillie pour la fabrication de missiles balistiques. Il affirme que cela a radicalement changé le cours de sa vie.

Pour des actions plus directes

Pour Paul Watson, il n’y a pas de compromis possible avec les personnes qui tuent d’autres êtres vivants. Ce raisonnement le pousse à adopter une position jugée trop radicale par ses compères de Greenpeace. De son point de vue, la fondation est dans une logique de soumission par rapport au drame qui se déroule dans la nature à cause des hommes.

Protester pour Paul Watson devient insuffisant. Il assimile l’approche de Greenpeace comme à de la lâcheté. Il prône ainsi l’intervention directe comme face à l’agression d’une personne dans la rue, aime-t-il illustrer. C’est ainsi qu’il s’est vu exclure de la fondation qu’il a créée après avoir empêché de manière brutale un chalutier russe de harponner un cachalot en 1977.

Capitaine Paul Watson

Son départ de Greenpeace acté, il a créé la Earth force Environmental Society qui sera la précurseure de la Sea Shepherd Conservation Society. Sea Shepherd sera d’ailleurs le nom du premier navire que l’association a acheté en 1978 grâce au soutien du journaliste Cleveland Amory de l’U.S. Fund for Animals et de la Société royale pour la prévention de la cruauté envers les animaux du Royaume-Uni.

Il raconte s’être inspiré d’un article de présentation de Greenpeace en 1976 qui s’intitulait Shepherds of the Labrador Front pour le nom de sa fondation.

La non-violence agressive

Paul Watson se veut donc plus actif que Greenpeace avec Sea Sheperd. Il avance alors une stratégie dite non-violence agressive dans ses actions. Il indique ne pas enfreindre la loi en précisant qu’il intervient en mer uniquement pour faire respecter les lois internationales sur la conservation.

Pourquoi Paul Watson a quitté Greenpeace

Concrètement, ses actions consistent à paralyser, allant jusqu’à détruire les navires qui sont utilisés dans le cadre d’activités qui vont à l’encontre des lois. Il se targue ainsi de n’avoir blessé personne durant ces opérations. Il estime ainsi ne pas être violent en se basant sur le principe de Martin Luther King qui dit que la violence ne concerne pas les choses non sensibles, mais seulement les êtres vivants.

Son premier fait d’armes date du 16 juillet 1979 quant à la barre du Sea Shepherd, il éperonne un baleinier baptisé Sierra au large de Lisbonne. Refusant que son navire soit offert à la Sierra Trading Compagny en dédommagement du baleinier qu’il avait détruit, il donne l’ordre à son équipe de saborder son propre bateau.

Bateau Sea Shepherd Paul Watson

Ce fut le début d’une longue série de sabotages, d’abordages et de harcèlements à l’encontre des baleiniers et autres braconniers de la mer. Sea Shepherd a à son actif plusieurs actions notables à travers notamment des campagnes de défense des baleines comme les opérations Leviathan, Migaloo, Mushashi ou No Compromise.

L’ONG estime que ses actions à l’encontre des baleiniers résultent de l’interdiction mondiale de la chasse à la baleine édictée par la commission baleinière internationale en 1986.

Les démêlées avec la justice

Les autorités ne l’entendent cependant pas forcément de cette oreille. Ainsi, il a eu plusieurs démêlées avec la justice de quelques pays :

  • Il a par exemple été arrêté au Canada en 1993 pour avoir mené des actions contre les bateaux de pêche au large de Terre-Neuve.
  • Il a par ailleurs été condamné par contumace par la justice norvégienne en 1997 pour une tentative de sabotage d’un navire de pêche norvégien en 1992.
  • Le Costa Rica a émis un mandat d’arrêt international à son encontre pour avoir enfreint le droit maritime lors de l’approche du bateau costaricien le Varadero en 2002 au large du Guatemala. Sea Shepherd faisait à l’époque campagne contre la pêche aux requins. Il avait tenté de mettre fin à une opération illégale de coupe d’ailerons de squales. Cela lui a valu d’être arrêté en Allemagne en mai 2012.
  • Mais c’est le Japon, pays connu pour sa culture baleinière, qui est le plus remonté contre Paul Watson. Ce dernier y est d’ailleurs considéré comme un écoterroriste. L’ONG écologiste accuse d’ailleurs le Gouvernement Japonais de contourner le moratoire sur les baleines sous couvert de recherches scientifiques est son principal adversaire.

Paul Watson, cet éco-pirate

Paul Watson le combat d'une vie

Les actions de Paul Watson sont souvent assimilées à de la piraterie à l’image du juge de la cour d’appel de San Francisco, Alex Kozinski, le 25 février 2013 lorsqu’il autorise l’institut japonais de recherche sur les cétacés d’entamer une action en justice contre Sea Shepherd. Il est à noter que cet institut dépend du gouvernement nippon.

Paul Watson s’amuse de cette allusion aux pirates qui remonte aux années 90. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a choisi le logo de son organisation qui rappelle la tête de mort des pirates, un pavillon baptisé Jolly Roger. C’est l’artiste Geert Vons qui l’a conçu sur les instructions de Paul Watson. On y retrouve ainsi la tête de mort avec sur le front la silhouette d’un dauphin et d’une baleine à la manière du symbole yin-yang, le tout sur un fond noir. En dessous, on peut voir un bâton de berger et le trident de Neptune.

Drapeau Sea Shepherd

Mais le pirate peut se muer en corsaire lorsqu’il soutient des autorités locales. C’est notamment le cas aux Galápagos quand Sea Shepherd a signé une convention de protection de la biodiversité avec les autorités équatoriennes au début des années 2000, l’autorisant ainsi à mener des actions.

Plus récemment, l’ONG a mené l’opération Sola Stella en 2017 au large du Liberia pour lutter contre la pêche non règlementée avec l’accord et le soutien du gouvernement libérien. Sea Shepherd a en fait développé des partenariats avec quelques gouvernements africains depuis 2015 en allant en mer avec des soldats pour procéder à des arrestations.

C’est une fierté pour Paul Watson, car l’organisation a gagné en légitimité, lui qui a toujours insisté sur le fait d’agir au nom du droit. Il déplore un manque de motivation pour faire respecter les lois qui existent pourtant. Sea Shepherd entend ainsi combler un vide, car aucune police internationale ne fait respecter les règlementations. C’est donc en justicier que l’ONG sillonne les mers pour lutter contre les braconniers pour qui il n’entend pas faire de compromis.

Biocentrisme par opposition à l’anthropocentrisme

Capitaine Paul Watson entretien avec un pirate

Paul Watson consacre ainsi son existence à la défense des baleines et à la préservation des espèces marines ou ceux qu’ils qualifient de citoyens de la mer.

Dans ce sens, Sea Shepherd milite pour la fin de la pêche industrielle et surtout de l’industrie baleinière. Il pointe du doigt l’approche actuelle qu’il qualifie d’anthropocentrique où l’homme se considère comme le maitre de l’univers, que tout a été créé pour lui. Il évoque ainsi une dictature de l’homme sur les autres espèces qui est inacceptable.

Il prône ainsi le biocentrisme qui fait que l’homme est soumis aux lois de la nature ou se mêlent diversité, interdépendance et la notion de ressources limitées. Cela ramène avant tout au respect du vivant, quel qu’il soit.

Pour lui, le concept actuel est non seulement cruel envers les autres espèces, mais surtout destructeur en indiquant que l’homme était au départ biocentrique. Dans le biocentrisme l’homme n’est pas le seul à avoir une dignité morale, un vouloir-vivre. Dans ce sens, tous les êtres vivants ont droit à la protection. D’après Paul Watson, le biocentrisme ne serait que la réalité originelle de l’homme.

Moi capitaine Paul Watson pirate des océans

Comme sur un navire, Paul Watson est le seul maitre à bord de l’organisation. Tous les ordres émanent de lui. Il avance d’ailleurs que la démocratie n’a pas de place sur un navire. Il n’admet ainsi aucun consensus. D’après lui, c’est ce qui a permis à Sea Shepherd de rester fidèle à son esprit originel.

Cela n’empêche pas Paul Watson de séduire. L’ONG compte actuellement une centaine de volontaires et est financée par des milliers de donateurs. Les déboires judiciaires de Paul Watson lui ont toutefois contraint à revoir certaines choses.

Pour plus d’efficacité, la décentralisation s’est imposée. Ainsi, l’ONG n’était plus gérée depuis uniquement les États-Unis, mais de manière autonome dans chacune de ses antennes présentes dans 42 pays. À l’heure actuelle, Sea Shepherd peut se targuer d’avoir une flotte de 14 bateaux.

Sea Sheperd et les médias

Les médias constituent l’une des armes de Paul Watson. La médiatisation fait partie intégrante de la stratégie de SeaSheperd.

Au fil des années, l’activiste a cultivé l’art du storytelling pour susciter l’adhésion. Son charisme, mais aussi son éloquence l’aide beaucoup dans cette tâche. L’ONG s’appuie aussi beaucoup sur les stars pour relayer les messages. Paul Watson a compris très tôt l’importance de s’associer à des célébrités. Il a notamment invité Brigitte Bardot sur la banquise canadienne pour dénoncer le massacre des bébés phoques pour leurs fourrures. La photo de l’actrice et son BB phoque, en référence à ses initiales, a marqué les esprits.

Paul Watson et Brigitte Bardot

C’est le début d’une longue amitié entre les deux personnalités. L’un des principaux navires de l’organisation est d’ailleurs baptisé Brigitte Bardot, un trimaran cofinancé par la fondation de l’actrice. Ce n’est ni plus ni moins que le bateau le plus rapide de la flotte de Sea Sheperd. Il peut atteindre 45.5 km/h.

Depuis 2010, ce bateau a participé à plusieurs opérations de l’organisation. Il y a eu évidemment des campagnes contre la pêche à la baleine, mais aussi des opérations en faveur des tortues marines, des globicéphales ou encore des requins.

Brigitte Bardot figure d’ailleurs parmi la longue liste des parrains de l’organisation avec des noms ronflants comme Leonardo DiCaprio, Palema Anderson ou encore des groupes comme Aerosmith.

Paul Watson et Pamela Anderson

La médiatisation de ses actions est d’autant plus importante que Sea Shepherd fonctionne grâce à un système de donations. L’argent provient de particuliers (clique ici pour soutenir la cause), mais aussi d’entreprises. Des fondations soutiennent également l’organisation à l’image de la fondation Brigitte Bardot.

Cela permet à l’ONG d’avoir un budget estimé à 20 millions de dollars par an. Sa flotte est impressionnante avec pas moins de 11 bateaux d’intervention, un hélicoptère et des drones. Le financement permet à ses volontaires de mener plusieurs dizaines de campagnes par an.

Pour la petite histoire, l’un des bateaux de l’ONG, le Sam Simon, a été financé par le co-auteur des Simpsons en 2013.

Un bilan satisfaisant

Paul Watson Sea Shepherd

Après près de cinq décennies de militantisme, Paul Watson se dit satisfait de son parcours. Il indique que son organisation a pu empêcher le massacre de 65 000 baleines dans les mers du Sud. Il ne change pas de cap qui est de mettre fin à la chasse à la baleine.

Il est aussi fier de son approche non-violence agressive qui d’après lui est le plus efficace. Il précise toutefois ne jamais avoir causé de blessure en ne s’attaquant qu’au matériel utilisé dans les braconnages.

Symbole de ce succès, le Japon, principale adversaire de Sea Shepherd, n’est plus le plus gros chasseur de baleines du monde. Si le Japon chasse toujours la baleine, c’est essentiellement grâce aux subventions selon Paul Watson qui préfère ne plus intervenir pour ne pas déclencher d’après lui l’effet inverse. Les actions de l’ONG se concentrent actuellement plus sur la Norvège et l’Islande.

Pavillon Sea Shepherd

Au-delà des actions coup-de-poing, Paul Watson a su éveiller les consciences du public sur les massacres qui se déroulent un peu partout dans le monde. Grâce à lui, des mentalités ont changé comme avec le commerce des fourrures de bébés phoques, un combat qui a duré plus de 30 ans.

Malgré le poids des années, Paul Watson ne veut pas parler de retraite. Il insiste toujours sur la nécessité d’agir dans la mesure où la situation est critique. Pour lui, l’homme est au bord de son extinction, mais continue dans une logique de destruction.

Si vous voulez en savoir plus sur Sea Shepherd :

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